6€ - Tarif réduit 4€, Laissez-passer gratuit
dimanche 15 janvier 2012
14h30
CRANEWAY EVENT, de Tacita Dean
Dans le cadre du cycle TRAFIC 20 ans/20 films
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou - 75004 Paris - M°Rambuteau
L’impressionnant décor de Craneway, sa beauté unique, sont parfaitement en résonance avec l’écriture chorégraphique de Merce Cunningham. Pour Tacita Dean, il ne s’agissait pas de réaliser un documentaire de plus sur Merce et sa compagnie mais de transformer l’observation de leur travail en une vision onirique, quasi mythique.
Les hangars de Craneway ouvrent sur l’océan. Les vastes verrières qui éclairent les séquences filmées dessinent simultanément des zones d’ombres, des contre-jours, qui rendent énigmatiques les actions en cours : tantôt des jeux de miroirs modifient les perspectives, tantôt les danseurs prennent l’aspect d’un cortège d’ombres chinoises.
À Craneway, le poudroiement d’une légère brume demeure suspendu dans l’espace alors qu’une sourde rumeur monte des entrailles de la terre.
Au loin, Merce est assis penché sur ses notes, perdu dans ses pensées, architecte emmitouflé de lainages qui fait tenir en équilibre le jeu de ses constructions mentales, leur donne vie.
Les bateaux passent, glissent le long de l’embarcadère. Un voilier avance parallèlement au déplacement de l’un des danseurs…
La lumière crépusculaire de Craneway abrite et perpétue à jamais l’échange entre Merce et ses danseurs. Échange dont on sait qu’il était au principe de sa danse.
Et lorsque vers la fin du film Merce s’assoupit un instant, les danseurs qui s’en aperçoivent, frémissent, désemparés. Comme si déjà il n’était plus tout à fait parmi eux.
Le film possède une intelligence et une gravité rares.
Ce qui est remarquable, c’est le parti pris de l’auteur de demeurer à distance, d’avoir dépouillé son regard de tout superflu. Cette répétition avec Merce Cunningham filmée de manière neutre, en longs plans fixes, prend alors l’allure poignante d’une lente cérémonie d’adieux.
Patrick Bensard, octobre 2010
Remerciements : Galerie Marian Goodman, The Cunningham Dance Foundation : Judith R. Fishman, Alvin Chereskin et Molly Davies