10 $

samedi 23 mai 2009
19h

A Midsummer Night's Dream, 1966, 80'
de Dan Eriksen et George Balanchine

Au Baryshnikov Arts Center - New York

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Baryshnikov Arts Center - New York
450 West 37th Street - New York - 212 279 42 00

Il y a plusieurs années notre amie Sallie Blumenthal, qui fut proche d'Henri Langlois, me confia autour d'une conversation à New York (nous venions de montrer une copie de La Mort du Cygne de Jean Benoît Lévy dans la salle comble de l'Alliance française) que Georges Balanchine avait réalisé dans les années 1960 (et nous l'apprîmes plus tard, en collaboration avec le cinéaste Dan Eriksen) un film-ballet unique et légendaire. Il s’agissait de A Midsummer Night’s Dream dont le format cinémascope initial avait été complètement défiguré par une diffusion télévisée américaine catastrophique.
Par ailleurs, de sombres problèmes de succession interdisaient de montrer le film : le producteur en avait perdu les droits lors d’une fracassante partie de poker… Elle me lança alors, non sans humour, un défi : retrouver une copie de cette oeuvre, dans son format d’origine, pour la Cinémathèque. La chasse au trésor commença. Elle dura cinq ans.
Hasard après hasard, bribe d’informations après bribe d ’informations, nous finîmes par réunir les pièces éparses de ce puzzle invraisemblable jusqu’au matin où Federal Express déposa à notre bureau la copie en vidéo de ce film… Inutile de dire que notre émotion était à son comble. Ce film ballet est un divertissement aux éclats étranges où règne une part d’ombre aussi troublante que celle qui nous mena après tant de péripéties et de fausses pistes jusqu’à la découverte finale de ce film.… C’est un rêve, une fantaisie, l’obsession magnifique d’un des plus grands chorégraphes de ce temps, une oeuvre qui évoque autant les quiproquos de la comédie de Shakespeare que le délire organisé des comédies musicales de Busby Berkeley, les fastes opiacés des Ballets Russes ou le décor luxuriant de la Géorgie natale du chorégraphe. Suzanne Farrell y possède le mystère, la beauté candide et perverse de la jeune héroïne du roman célèbre de Nabokov… Arthur Mitchell et Edward Villella y sont étincelants. Et pour les puristes ou les esprits chagrins qui s'étonneront de découvrir dans la chorégraphie de ce film un Balanchine aussi excentrique et flamboyant que peu dépouillé, rappelons que lui-même se plaisait à répéter: "On Brodway, I learned how to please the public. I am commercial..." Ces mots, comme ces images, donneront peut-être matière à reflexion à ceux qui s'emploient à perpétuer l'esprit de Balanchine...

Patrick Bensard