6 euros
lundi 01 décembre 2008
20h
Le Funambule (Man on Wire) de James Marsh, 2008, 90'
Projection exceptionnelle en présence de Philippe Petit
La Cinémathèque française - salle Henri Langlois
51 rue de Bercy - 75012 Paris - M° Bercy
Dans les années 70, à Paris, on ne parlait que de lui : il avait sur un fil d'acier défié toutes les lois du genre, passant outre toutes les interdictions pour oser ce qu'aucun autre n'avait tenté ni même imaginé : traverser sous la coupole du Grand Palais, glisser entre les deux tours de Notre-Dame, surgir entre les deux piliers du pont le plus élevé d'Australie et, plus tard, passer depuis le parvis du Palais de Chaillot jusqu’au deuxième étage de la Tour Eiffel avec toujours la même élégance, le même dédain nonchalant du danger.
Les médias d'alors nous laissaient parfois entr’apercevoir son visage sans traits particuliers : un air de Gavroche farouche, encerclant l'espièglerie d'un sourire et la braise du regard... Arsène Lupin échappé du théâtre des Funambules. Ce personnage magnifique me fascinait. Il devint mon héros. À la même époque, je découvris le texte de Genet, Le Funambule, et compris que cet art aussi était sacré, déjouant la mort comme la tauromachie. Mais également proche de la danse et de l’écriture. Philippe Petit, comme le héros de Genet, n'est pas seulement un funambule - même le plus grand de tous les temps - mais aussi un jongleur-des-rues, un auteur*, un magicien-danseur hors normes, qui n'existe que lorsqu'il glisse, vole au-dessus du vide. Que devient-il, redescendu à terre, qui fréquente-t-il, et que fait-il lorsqu'il n'arpente pas le ciel ? Mystère… À New York, en 1974, son exploit fit la une des journaux : il réussit à donner un spectacle funambulesque à 415 mètres d'altitude entre les Twin Towers qui devinrent plus tard tragiquement célèbres.
En 1977, à Washington Square, à quelques pas de la Judson Church, je l’aperçus au détour d’une allée, vêtu de noir, en chapeau haut-de-forme. Il jonglait devant un cercle de spectateurs immobiles. Je réalisai ce jour-là une série de photos que je possède toujours. Quelques jours plus tard, j’assistai à une projection privée de certains rushes que nous retrouvons dans ce film. Henri Cartier-Bresson, qui appréciait l’art de Philippe Petit, était présent.
Man on Wire - Un homme sur un fil - nous permet de comprendre, trente cinq ans après, grâce aux témoignages et aux images filmées alors, la stratégie imparable que Philippe Petit avait mise au point pour déjouer la surveillance de la police et tendre clandestinement son filin, la nuit, au sommet des deux tours, dans le vent glacial qui soufflait sur New York. Le suspense de cette aventure illustre le caractère exceptionnel de ce gentleman des abîmes.
Son style s'apparente à celui des rares danseurs et chorégraphes pour qui le danger fait nécessairement partie de la beauté réalisée. (Patrick Bensard, New Delhi, octobre 2008)
* Livres par Philippe Petit :
Funambule (Albin Michel, Paris 1991)
Traité du Funambulisme (Actes Sud, Arles 1997)
To Reach The Clouds (North Point Press/Farrar, Straus & Giroux, New York 2002)
L’Art du Pickpocket (Actes Sud, Arles 2006)