Carnival of Rhythm

RÉALISATEUR Stanley Martin

CHORÉGRAPHE Katherine Dunham

1941
film
18'
couleur
35 mm et bsp

Elevée dans une famille pauvre de Chicago, Katherine Dunham (1912-2006) découvre la danse dans la cave où répète la compagnie amateur de sa tante. Marquée par la ségregation raciale, formée à divers types de danses dès le lycée, elle se demande très tôt pourquoi les Afro-
américains ont « largement perdu contact avec leurs racines culturelles profondes», ainsi qu'elle le formulera plus tard. Elle crée le Negro Ballet dès 1931, ayant pour ambition de « faire sortir la danse noire du registre   burlesque». Au milieu des années 1930, elle voyage dans les Caraïbes, et notamment à Haïti, où une bourse de recherche en ethnologie lui permet d’isoler des « formes de danse qui sont véritablement noires ». Dès son retour en 1937, elle entame avec sa compagnie une longue carrière sur scène qui la mène de succès en succès à Broadway et ailleurs.

Lorsqu’elle se lance dans Carnival of Rhythm en 1941, Katherine Dunham est donc en pleine ascension. Pour cette première apparition à l’écran, elle se penche sur un autre haut lieu de négritude métissée : le Brésil. Mais, dans ce court métrage produit par la Warner - et au moment où la Fox lance la mode brésilienne à travers la figure de Carmen Miranda -, la dimension ethnologique cède la place au spectacle. Dans Carnival of Rhythm en effet, tout est outrancier : décor irréaliste d’un Rio transformé en village de pêcheurs, costumes luxuriants comme Dunham s’en fera par ailleurs une spécialité, brillance des maquillages soulignée par un technicolor quasi-fluorescent, lourdeur de la « tristeza » martelée au son des congas… Katherine Dunham semble parfois elle-même amusée de cette fresque où l’exotique le dispute à l’excentrique.

Dans ce « Carnaval de rythmes », on est donc bien en peine de discerner les formes de danse véritablement noires qu’elle était partie chercher à Haïti. C’est pourtant au coeur du bouquet final, alors que les frous-frous des robes envahissent à nouveau les deux tiers de l’écran, que se produit un événement qui dérègle l’impeccable chorégraphie. Katherine Dunham trouve avec un partenaire  masculin un mouvement à l'unisson préfiguré quelques minutes plus tôt, une oscillation du torse qui naît dans le rythme endiablé de l'ensemble et se distingue progressivement en amoindrissant son amplitude, jusqu'à devenir un simple tremblement commun. Ayant touché là une autre sorte de rythme, le «rythme de la paix et de l'amour accompli» décrit par la voix off, les deux partenaires peuvent rejoindre l'obscurité. Ils quittent la scène main dans la main alors qu'apparaît le mot «Fin», laissant leurs accolytes poursuivre hors-champ leur tintamarre hollywoodien.

Benjamin Bibas

INTERPRÈTES

Katherine Dunham
Archie Savage
Talley Beaty