Red Shoes (The) - Les Chaussons rouges (extrait)

RÉALISATEUR Michael Powell ; Emeric Pressburger

CHORÉGRAPHE Léonide Massine

1948
film
20'
couleur
35 mm et bsp

The Red Shoes est l’un des plus grands film de danse de fiction de l’histoire du cinéma. Lermontov (Anton Walbrook), impresario, produit un nouveau ballet, Les Chaussons rouges, inspiré d’un conte d’Andersen.
Il choisit Victoria Page (Moira Shearer) pour son premier rôle-titre et  Julian Krasner pour composer la musique. En travaillant ensemble, ils tombent amoureux l’un de l’autre. Consumé par sa jalousie, Lermontov, même après le succès du ballet, se sépare de Victoria.

Pour Lermontov, il ne s’agit pas seulement de former une danseuse, mais d’imposer sa conception de l’art : l’art est une religion à laquelle on doit tout sacrifier et notamment l’amour. La danseuse doit devenir un être incorporel, de feu et d’air.
La scène du ballet, la plus longue de l’histoire du cinéma, exprime cette vision : une jeune fille accepte les chaussons rouges offerts par un cordonnier diabolique, interprété tout en contorsions par Léonide Massine. Les chaussons entraînent la jeune fille dans une danse illimitée, de lieux en lieux, où le merveilleux côtoie l’effroi. Elle ne peut s’arrêter. Les chaussons, mais aussi le ballet tout entier, développent une force autonome (Michael Powell ne montre plus les spectateurs).
La danseuse, de dimension en dimension, tend vers l’immatérialité : un papier prend la forme d’un danseur qui évolue un moment avec elle.
Les figures s’accélèrent, tournoient, jusqu’à la chute finale au sol. Powell, pour accentuer cette sensation de vitesse, utilise deux procédés. Il change de rythme à l’intérieur de certains plans, passant parfois de 48 images
à 6 images secondes. Il crée une mise en abyme : l’idée de la danse de Lermontov s’incarne dans les chaussons rouges, la danse devient le sujet et le moteur du ballet, le papier journal qui virevolte au sol au cours d’une rencontre entre Victoria et Julian se retrouve dans le ballet et
devient un être.

Le ballet résout la tension de Lermontov : celui-ci aspire à un monde immatériel et il vit quotidiennement dans son bureau, son salon, dans un milieu de beauté luxuriante, où les objets, les coussins, les rideaux diffusent une atmosphère plastique, dense. C’est la première fois qu’un peintre, H. Heckroth, réalise les décors d’un film. The Red Shoes fait songer aux ballets russes : Powell a rencontré Diaghilev et son exigence se retrouve dans le personnage de Lermontov. Pour Powell, la danse « fait partie du cinéma, cela a toujours été ». Martin Scorsese ou encore Brian de Palma citent souvent The Red Shoes comme le film qui les a guidés vers la mise en scène.

Bernard Rémy

INTERPRÈTES

Léonide Massine
Moira Shearer