Montage de films de danse de Louis Lumière

RÉALISATEUR Louis Lumière

1896-1902
film
25'
NB
16 mm

L’invention du cinématographe n’est pas due aux seuls frères Lumière, comme on l’a cru longtemps, mais à une constellation d’inventeurs, de grands scientifiques pour certains, qui ont, de découverte en découverte, permis la mise au point de ce dispositif qui aura révolutionné la nature et la perception de l’image.
En apportant à la pellicule le système des perforations, et en commercialisant par la projection publique une invention dont la visée était scientifique (comme le montrent les films réalisés par l’astronome Jules Janssen ou le physiologiste Étienne-Jules Marey), les frères Lumière ont déclenché une révolution à grande échelle.
 
Passées la terreur et la fascination première pour l’image en mouvement, Louis Lumière a envoyé par le monde de nombreux opérateurs, chargés de décrire les villes, les paysages, les modes de vie de peuples éloignés.

C’est ainsi que des cinéastes aussi importants qu’Alexandre Promio (l’inventeur du travelling), Gabriel Veyre ou Constant Girel ont rapporté des endroits les plus reculés du monde parmi les premiers films de danse
de l’histoire du cinéma, inventant du même coup le cinéma ethnographique.
Les brefs plans-séquences qui composent ces Vues s’attachent la plupart du temps à la description d’un événement, d’un geste, d’un élan de danse, d’un changement de rythme, d’une apparition.

Qu’il s’agisse des battements de mains des danseurs Aïnos lors de leur lente danse en ligne, des figures de danse en cercle autour d’un danseur immobile chez les Cinghalais (qui pratiquent des croisements que l’on
retrouvera dans les danses traditionnelles françaises enregistrées par la chorégraphe Francine Lancelot), de la danse des couteaux des Ashantis (danse de combat qui désarticule les coudes et les poignets dans une
magnifique stylisation), de l’apparition de danseuses cambodgiennes comme un élément de fascination en soi, ou encore de la furie populaire qui se déchaîne dans le merveilleux Bal espagnol dans la rue de Gabriel Veyre, tourné au Mexique en 1896, dans lequel on reconnaît, dans leur
spontanéité incandescente, les gestes qu’on retrouve chez les virtuoses du flamenco… les films de danse produits par Louis Lumière proposent une mosaïque d’états de danse, enregistrés dans l’émerveillement.

Proposés avec des films tournés en France, et qui montrent des figures de la danse classique et du music-hall (notamment un éblouissant cake-walk, alors la danse à la mode, qui inspirera aussi à Edison et Méliès des films essentiels), ces films composent un panorama éclaté de la danse, sous ses formes les plus diverses, dans ses usages les plus variés, mais dans lesquelles on reconnaît , de manière transversale, ses impulsions fondamentales.

Xavier Baert

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